Vitesse instantanée

sciences physique note-ébauche


1. Qu’est-ce qu’une vitesse ?

1.1 Ébauche définitoire de Galilée

Galilée avança la première ébauche définitoire de la vitesse :

« Par mouvement uniforme, j’entends celui dans lequel un mobile parcourt des espaces égaux en des temps égaux quelconques. » (Galilée, 1638)1

Il se focalisait alors sur les mouvements uniforme unidirectionnels, rectilignes ou projectiles (paraboliques standard), et pouvait déterminer les vitesses et positions des objets. Il étudiait les mouvements projectiles en décomposant astucieusement leurs vitesses sur des axes horizontal et vertical, puis en effectuant un calcul de recombinaison de leurs grandeurs respectives par le théorème de Pythagore, préfigurant en quelque sorte le calcul vectoriel.
Quoiqu’il ne s’interessait pas aux mouvements non unidirectionnels, sa définition de la vitesse permettait en principe des les étudier.

Cette ébauche galiléenne de vitesse et sa technique de décomposition horizontale et verticale étaient toutefois limitées en ce qu’elles ne permettaient pas d’étudier certains types de mouvements :

  • trajectoires courbes arbitraires (circulaires, elliptiques, spirales, cycloïdes, etc.) ;
  • trajectoires fermées (faisant un « retour au point de départ ») ;
  • mouvements avec changements continus de direction en 2D/3D (orbites planétaires, mouvements hélicoïdaux, zigzags complexes, etc).

Aujourd’hui, on présente généralement cette idée galiléenne sous une forme plus intelligible en l’appelant vitesse scalaire moyenne. Cf. extrait de MIT 8.01x – Physics I: Classical mechanics (Lewin, 1999)2 introduisant cette idée dans le cadre des mouvements rectilignes :

2.1.1 Vitesse scalaire moyenne

Définition

La vitesse scalaire moyenne (speed) d’un objet entre les instants et , est le rapport de la distance totale qu’il a parcourue entre ces instants, sur l’intervalle de temps écoulé entre ces instants.

Une vitesse scalaire moyenne ne peut jamais être négative, car une distance est un scalaire et n’a donc pas d’orientation et de sens négatif.

La vitesse scalaire moyenne est invariante au changement de repère (que l’on a choisi arbitrairement) par translation ou rotation — en l’occurrence pour les mouvements rectilignes, à l’inversion à du sens positif de .

2.1.1.1 Interprétation géométrique

Ex : Mouvement sur 1 dimension.

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1.2 Définition minimale de Newton

En 1679-1680, Newton prit conscience que la force centripète gravitationnelle modifie à la fois la grandeur et la direction de la vitesse. Il réalisa que, sans une vitesse orientée, on ne peut pas décrire les orbites (Lune, planètes, etc.).3 En 1684, il définit alors l’idée de vitesse comme grandeur vectorielle.4

Cf. extraits de MIT 8.01x – Physics I: Classical mechanics (Lewin, 1999)2 introduisant cette idée dans le cadre des mouvements rectilignes :

2.1.2 Vitesse vectorielle moyenne

Définition

La vitesse vectorielle moyenne (velocity) d’un objet entre les instants et , est le rapport du changement de position (composante du vecteur déplacement) de l’objet, de sa position à à sa position à ; sur l’intervalle de temps écoulé entre ces instants.

Une vitesse vectorielle moyenne peut être négative, car un déplacement est un vecteur et peut donc avoir une orientation négative, traduite par une composante négative.

Attention

La vitesse vectorielle moyenne est invariante au changement de repère (que l’on a choisi arbitrairement) par translation, mais sensible au changement de repère par rotation — en l’occurrence pour les mouvements rectilignes, à l’inversion du sens positif de .

2.1.2.1 Interprétation géométrique

Ici, la vitesse vectorielle moyenne de à est très inférieure à la vitesse scalaire moyenne.

On peut aussi évoquer le cas de la vitesse vectorielle moyenne de à qui est nulle, car l’objet ne change pas de position de sa position à à sa position à ; alors que la vitesse scalaire moyenne est grande, car l’objet parcourt une grande distance en faisant l’allé à et le retour à .


Une courbe représentant donne la position d’un objet à n’importe quel moment.

Géométriquement, la vitesse vectorielle moyenne est la pente (angle ) de la droite sécante à la courbe en et :

  • pente positive → vitesse vectorielle moyenne positive
  • pente négative → vitesse vectorielle moyenne négative.
  • pente nulle → vitesse vectorielle moyenne nulle.

Ici, la vitesse vectorielle moyenne est la pente de la droite sécante (rouge) à la courbe en et .

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En outre, cette définition vectorielle permet de décrire les mouvements que l’ébauche définitoire galiléènne ne permettait pas d’étudier (trajectoires courbes arbitraires, trajectoires fermées et mouvements avec changement continus de directions en 2D/3D).

Noyau dur conceptuel

La vitesse vectorielle moyenne, en ce qu’elle est compatible avec les lois de la dynamique newtonienne et qu’elle accomplit l’ambition galiléènne de décrire la vitesse pour tout type de mouvement, constitue la définition minimale d’une vitesse — elle fait partie du noyau dur conceptuel (invariable et incontestable) de la recherche en physique.

2. Qu’est-ce qu’une vitesse instantanée ?

2.1 Définition standard

La vitesse (vectorielle) instantanée est généralement définie comme dans cet extrait de MIT 8.01x – Physics I: Classical mechanics (Lewin, 1999)2 introduisant cette idée dans le cadre des mouvements rectilignes :

2.1.3 Vitesse instantanée

Définition

La vitesse (vectorielle) instantanée d’un objet à l’instant est la limite, quand l’intervalle de temps infinitésimal tend vers , du rapport de changement de position (composante du vecteur déplacement) de l’objet, de sa position à à sa position à infinitésimalement proche ; sur l’intervalle de temps infinitésimal .

  • Infinitésimal au sens mathématique de tendant vers 0 : se rapprochant autant que possible de 0 mais non nul.

2.1.3.1 Interprétation géométrique

Géométriquement, la vitesse instantanée est la pente de la droite tangente à la courbe à .

Le point en étant fixe, on remarque que lorsque diminue en tendant vers , le second point () d’intersection de la droite sécante (grise) à la courbe se rapproche du premier () ; et cette droite s’approche donc de la tangente à la courbe en .

Ici, la vitesse instantanée est la pente de la droite (rouge) tangente à la courbe en .

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2.2 La « vitesse instantanée » n’est pas une vitesse

En réponse au paradoxe de la flêche de Zénon, Russell soutient dans sa théorie dite « à-à » qu’il est absurde de parler d’« état de mouvement », c‘est-à-dire de mouvement à un instant , puisqu’un mouvement — le fait pour un objet d’être ici à un instant, et là à un autre instant (« à-à ») — suppose une relation entre deux instants distincts et deux positions distinctes, puis étend son raisonnement au principé d’« état de vitesse » (vitesse instantanée) :

« Nous devons rejeter entièrement la notion d’un état de mouvement. Le mouvement consiste seulement en l’occupation de différents lieux à des moments différents, sous réserve de la continuité telle qu’elle est expliquée dans la Partie V. Il n’y a pas de transition d’un lieu à un autre, pas de moment consécutif ni de position consécutive, il n’y a pas de chose telle que la vitesse sauf au sens d’un nombre réel qui est la limite d’un certain ensemble de quotients. Le rejet de la vitesse et de l’accélération comme faits physiques (c’est-à-dire comme propriétés appartenant à chaque instant à un point en mouvement, et non pas seulement comme nombres réels exprimant les limites de certains rapports) entraîne, comme nous le verrons, certaines difficultés dans l’énoncé des lois du mouvement ; mais la réforme introduite par Weierstrass dans le calcul infinitésimal a rendu ce rejet impératif. » (Russell, 1937, p. 473)5

En effet, une « vitesse instantanée » — une vitesse à un instant — ne peut pas être une vitesse, par définition minimale d’une vitesse qui suppose une relation entre deux instants distincts et .
Cette impossibilité se traduit mathématiquement, si l’on tente de ne considérer qu’un seul et même instant avec , en une division par mathématiquement indéfinie :

2.3 « Vitesse instantanée » : propriété de voisinage

2.4 « Vitesse instantanée » : meilleure approximation possible de vitesse infinitésimale

Footnotes

  1. Galilée. (1638). Discours et démonstrations mathématiques concernant deux sciences nouvelles.

  2. Lewin, W. (1999, Fall). “MIT 8.01x – Physics I: Classical mechanics”. Massachusetts Institute of Technology. 2 3

  3. Newton, I. (1679, 13 December). “Letter to Robert Hooke”. In H. W. Turnbull (Ed.), The correspondence of Isaac Newton (Vol. 2, pp. 300–303). Cambridge University Press.

  4. Newton, I. (1684). De motu corporum in gyrum [Manuscript]. Cambridge University Library, Cambridge, UK (MS Add. 3965.7, ff. 55-62).

  5. Russell, B. (1937). The Principles of Mathematics (2nd ed.). London: George Allen & Unwin.