Paradoxe de Moore
philosophie langage épistémologie paradoxe linguistique note-ébauche
Le philosophe analytique G. E. Moore a avancé le paradoxe suivant, dont Wittgenstein a estimé qu’il était la plus grande contribution de Moore à la philosophie du language, et qui suscite toujours de nombreux débats académiques pour le résoudre.
Si une personne appelée Jojo affirme sincèrement :
« Il pleut, mais je ne crois pas qu’il pleuve ».
La proposition qu’il affirme est-elle contradictoire alors qu’elle semble équivalente à :
Il pleut, mais Jojo ne croit pas qu’il pleuve.
?
Quid de
Il pleut, mais je ne sais pas s’il pleut.
Qu’est-ce qu’une assertion ?
Définition
assertion/affirmation :
sens propre : « acte de donner (à autrui) qlqch. pour vrai ou hautement probable. »
sens secondaire (par métonymie) : « ce que l’on donne (à autrui) pour vrai ou hautement probable ».
Normes régulatives de l’assertion
L’assertion est une pratique sociale généralement accompagnée d’attentes sociales (normes régulatives), non essentielles à l’assertion, qui en régulent les pratiques appropriées pour différents contextes.
Ainsi, dans la plupart des contextes, on s’attend au respect de la norme épistémique de l’assertion :
Norme épistémique de l’assertion
On ne doit affirmer que si l’on sait que .
qui inclut (savoir impliquant croire) la norme de sincérité de l’assertion :
Norme de sincérité de l’assertion
On ne doit affirmer que si l’on croit que .
Dans certains contextes plus rares, on ne requiert pas la norme épistémique et on s’attend juste au respect de la norme de sincérité :
- discussions religieuses basées sur la foi (croyance sans justification épistémique adéquate) ;
- croyances instrumentales (stratégies psychologiques) :
- ex : « tout va s’arranger »
si l’on est stressé parce qu’on est submergé de problèmes, - ex. : « il n’y a pas d’animaux dangereux aux alentours »
si l’on doit se reposer dans la jungle et que la peur nous empêche de dormir, - ex. : « j’ai l’habitude de parler avec des belles femmes, je suis à l’aise »
si on n’a pas l’habitude d’aborder des femmes ;
- ex : « tout va s’arranger »
- etc.
Une assertion qui viole une norme régulative est inappropriée (ou défectueuse), blâmable en ce qu’elle constitue un manquement à l’engagement tacite de respecter cette norme.
Attentes sociales/conventions vs normes constitutives
Ma position des attentes sociales/conventions est proche de celle de Wittgenstein qui rejette les normes constitutives et parle plutôt de :
- pratiques (practice)
- coutumes (custom)
- institutions (au sens large)
- forme de vies (form of life)
- jeux de langage (language game)
Grok 4.3 Expert
En quoi Wittgenstein est-il proche ou éloigné de ta position ?
Points de proximité avec ta vue :
- Il rejetterait l’idée d’une norme constitutive épistémique forte (au sens de Williamson), comprise comme une règle définitoire a priori.
- Il insisterait sur le fait que ce que nous considérons comme « correct » en matière d’assertion est ancré dans des pratiques sociales réelles, pas dans une définition logique pure.
- Il serait sceptique face à l’idée que l’on puisse séparer nettement une « définition minimale » de l’assertion et des « normes ajoutées ensuite ».
Points de distance :
- Wittgenstein ne dirait probablement pas que les normes de sincérité ou de correction sont de simples « attentes sociales » que l’on pourrait analyser après coup. Pour lui, ces normes font déjà partie de la pratique de l’assertion elle-même.
- Il n’opposerait pas « définition » et « pratiques sociales » de manière aussi tranchée que tu le fais. La définition de l’assertion est déjà imbriquée dans nos pratiques.
Prompt :
Il me semble que les seuls critères nécessaires de l’assertion sont ceux de sa définition : exprimer à autrui que p est vraie ou vraisemblable.
Ensuite, les critères de sincérité, épistémique, etc., ne sont pas essentiels. Ce sont des attentes sociales, non nécessairement constitutives, avec des normes de ces attentes que l’on peut déterminer après avoir reconnu qu’il s’agit d’attentes sociales.
D’autres philospohes sont-ils d’accord avec ça ?
Grok 4.3 Expert
Réponse :
Oui, ta position est défendue (ou proche de positions défendues) par plusieurs philosophes, même si elle reste minoritaire par rapport à l’approche constitutive forte (Williamson, Searle). Voici une analyse claire.
1. Ta position en résumé
Tu soutiens que :
- La définition minimale de l’assertion suffit : exprimer à autrui que p est vrai (ou vraisemblable).
- Les critères de sincérité, de connaissance, de justification, etc., ne font pas partie de cette définition.
- Ce sont des attentes sociales (ou des normes dérivées de ces attentes), que l’on peut analyser après avoir défini l’assertion.
- Il n’y a donc pas de norme constitutive épistémique forte (comme la norme de connaissance de Williamson).
C’est une position minimaliste + conventionnaliste/sociale.
2. Philosophes qui vont dans un sens proche
Voici les auteurs les plus pertinents qui défendent des vues relativement proches de la tienne :
Philosophe Position principale Proximité avec ta vue Commentaire Matthew Weiner Défend une Truth Norm de l’assertion (on doit affirmer seulement ce qui est vrai). La connaissance n’est pas constitutive. Forte Il rejette explicitement l’idée que la norme de connaissance soit constitutive. Mona Simion Approche fonctionnaliste. Les normes d’assertion dérivent de la fonction de l’assertion dans nos pratiques épistémiques sociales. Très forte Elle critique les approches constitutives pures et préfère lier les normes à leur utilité fonctionnelle. Christoph Kelp Approche fonctionnaliste similaire à Simion. Les normes sont justifiées par ce qu’elles permettent d’accomplir. Forte Moins attaché à la constitutivité qu’à la fonction. Sanford Goldberg Insiste sur la dimension sociale des normes d’assertion et de témoignage. Les normes ne sont pas purement constitutives au sens individualiste. Forte Il voit les normes comme socialement structurées plutôt que constitutives de manière ahistorique. Peter Graham Approche téléologique. Les normes d’assertion sont justifiées par leur rôle dans la transmission fiable de croyances vraies. Moyenne à forte Moins constitutiviste que Williamson. Igor Douven Critique l’argument abductif de Williamson et est ouvert à des normes plus faibles (vérité ou justification). Moyenne Moins radicalement minimaliste que toi, mais sceptique face à la norme de connaissance constitutive. Jonathan Adler Défend une norme de croyance justifiée plutôt que de connaissance. Moins attaché à la constitutivité forte. Moyenne Plus proche d’une norme de justification que de connaissance. 3. Analyse
Points sur lesquels ces philosophes sont souvent d’accord avec toi :
- La définition minimale de l’assertion est effectivement « présenter un contenu comme vrai ».
- Les normes de sincérité et de connaissance ne sont pas constitutives au sens où les entend Williamson (c’est-à-dire qu’elles ne définissent pas l’essence de l’assertion).
- Ces normes peuvent être comprises comme des normes dérivées, justifiées par des considérations sociales, fonctionnelles ou téléologiques (ce qu’elles permettent d’accomplir dans nos échanges épistémiques).
- Il est légitime de distinguer le concept d’assertion de l’ensemble des normes qui régissent ses usages appropriés dans une communauté.
Points sur lesquels ils divergent parfois de toi :
- Certains (comme Simion ou Kelp) ne parlent pas simplement d’« attentes sociales », mais de fonctions épistémiques que l’assertion remplit. Ce n’est pas uniquement conventionnel, mais lié à un rôle cognitif/social.
- D’autres (comme Goldberg) insistent sur le fait que les normes sont socialement structurées, mais ils n’en font pas pour autant des simples conventions arbitraires.
4. En résumé
Question Réponse Ta position est-elle défendue par d’autres philosophes ? Oui Les philosophes les plus proches Mona Simion, Christoph Kelp, Sanford Goldberg, Matthew Weiner Leur point commun avec toi Ils rejettent (ou affaiblissent fortement) l’idée d’une norme constitutive épistémique forte (comme la norme de connaissance de Williamson). Ils préfèrent des approches fonctionnelles, sociales ou téléologiques. Leur différence principale Ils lient souvent les normes à une fonction (épistémique ou sociale) plutôt qu’à de simples « attentes sociales ». Conclusion
Oui, plusieurs philosophes actuels défendent des positions relativement proches de la tienne. Les plus représentatifs sont probablement :
- Mona Simion et Christoph Kelp (approches fonctionnalistes)
- Sanford Goldberg (dimension sociale des normes)
- Matthew Weiner (Truth Norm plutôt que Knowledge Norm)
Ces auteurs ont en commun de considérer que les normes de sincérité, de connaissance ou de justification ne font pas partie de la définition constitutive de l’assertion, mais qu’elles dérivent de considérations plus larges (fonctionnelles, sociales ou téléologiques). Ils sont donc globalement plus proches de ta position minimaliste que Williamson.
Veux-tu que je te détaille plus précisément la position de l’un d’entre eux (par exemple Simion ou Weiner) ?
Grok 4.3 Expert
Évaluation de ta version corrigée :
Ta nouvelle formulation est meilleure que la précédente, mais elle reste encore imparfaite sur le premier point. Voici une analyse précise :
1. Analyse de ta formulation
« Violer une norme constitutive ne constitue pas une contradiction (logique ou performative) puisque ces normes ne sont que des pratiques attendues selon les contextes. »
Problèmes :
La justification est insuffisante et inexacte.
Dire que les normes constitutives « ne sont que des pratiques attendues selon les contextes » est trop faible. Les normes constitutives ne sont pas de simples conventions sociales ou des attentes contextuelles. Elles participent à la définition de la pratique elle-même (comme les règles des échecs définissent ce qu’est un coup valide). Ce n’est pas une question de « ce qui est attendu », mais de ce qui rend l’acte correct au sein de la pratique.La première affirmation est trop forte.
Tu dis que violer une norme constitutive ne constitue jamais une contradiction performative. C’est inexact.
Une violation simple (sans l’expliciter) n’est effectivement pas une contradiction performative. Mais quand la violation est rendue explicite tout en accomplissant l’acte, on tombe souvent dans une contradiction performative. Ta formulation semble exclure cela.« En revanche, si une personne explicite qu’elle respecte une norme constitutive et qu’elle la viole, alors elle commet une contradiction performative. »
Cette partie est globalement bonne, même si elle pourrait être légèrement affinée.
2. Version améliorée proposée
Voici une formulation plus précise et plus rigoureuse :
Viola une norme constitutive n’est pas, en soi, une contradiction logique ni performative. Cela rend simplement l’acte défectueux au sein de la pratique concernée.
En revanche, lorsqu’une personne accomplit un acte tout en explicite qu’elle respecte une norme constitutive de cet acte et qu’elle la viole simultanément, elle commet alors généralement une contradiction performative.3. Pourquoi cette distinction est importante
Situation Type de problème Exemple Commentaire Violation simple d’une norme constitutive Défectuosité normative Affirmer sans savoir Pas de contradiction (logique ni performative) Violation rendue explicite Contradiction performative « p, mais je ne sais pas si p » L’acte se saborde lui-même Incompatibilité dans le contenu Contradiction logique « Il pleut et il ne pleut pas » Incompatibilité sémantique 4. Remarques supplémentaires
- La raison pour laquelle violer une norme constitutive n’est pas une contradiction performative, c’est que la violation doit être rendue visible dans l’acte lui-même pour créer une tension performative. Une violation silencieuse reste simplement une faute dans la pratique.
- Le fait d’expliciter la violation tout en continuant à accomplir l’acte crée une forme d’auto-réfutation performative, qui est plus forte qu’une simple violation.
- Ta justification (« parce que ce sont des pratiques attendues selon les contextes ») affaiblit ta position. Il vaut mieux justifier en disant que la violation d’une norme constitutive rend l’acte impropre au sein de la pratique, sans pour autant créer une contradiction dans le contenu ou dans l’acte lui-même (sauf quand elle est rendue explicite).
Version finale recommandée
Si tu veux une formulation claire et défendable, je te propose celle-ci :
Violer une norme constitutive ne constitue pas, en soi, une contradiction logique ni une contradiction performative : cela rend simplement l’acte défectueux au regard des standards internes de la pratique.
En revanche, lorsqu’une personne accomplit un acte tout en affirmant explicitement qu’elle respecte une de ses normes constitutives et qu’elle la viole dans le même mouvement, elle commet alors une contradiction performative.Cette version est plus précise, évite la justification trop faible des « pratiques attendues », et maintient bien la distinction entre violation simple et violation rendue explicite.
—
Prompt
Mais les pratiques correctes sont inférées abductrivement par rapport aux usages sociaux. Ils ne sont pas inscrits dans la définition, c’est pour ça que je parle d’attente.
Réponse claire :
Tu touches ici le cœur du désaccord philosophique. Ta position est cohérente, mais elle repose sur une conception différente de ce qu’est une norme constitutive. Je vais clarifier le point de friction.
1. Ta position en résumé
Tu soutiens que :
- Les « pratiques correctes » ne sont pas inscrites dans la définition de l’acte (assertion, promesse, etc.).
- Elles sont inférées de manière abductive à partir des usages sociaux réels.
- C’est pourquoi il est plus juste de parler d’attentes sociales plutôt que de normes constitutives.
- Par conséquent, violer ces attentes ne crée pas de contradiction (logique ou performative), sauf quand la violation est rendue explicite.
C’est une position descriptive / conventionnaliste modérée : les normes de correction sont secondaires par rapport aux usages, elles en sont dérivées.
2. La position constitutive (Williamson, Searle, etc.)
Les défenseurs des normes constitutives soutiennent l’inverse :
- Certaines règles ne sont pas simplement inférées des usages.
- Elles participent à la définition de ce qu’est l’acte lui-même.
- Sans ces règles, on ne fait plus le même type d’acte (ou on le fait de façon radicalement défectueuse).
Exemple classique (Searle) :
- Les règles des échecs ne sont pas simplement « ce que les gens font habituellement ». Elles définissent ce qu’est un coup d’échecs. Déplacer le roi de deux cases n’est pas « contre l’usage », c’est incorrect en tant que coup d’échecs.
Appliqué à l’assertion :
- La norme de connaissance (ou de sincérité) ne serait pas simplement « ce que les gens font généralement ». Elle ferait partie de ce qui constitue l’assertion comme acte spécifique.
3. Le désaccord fondamental
Question Ta position Position constitutive D’où viennent les normes de correction ? Inférées abductivement des usages sociaux Participent à la définition de l’acte Une norme constitutive est-elle descriptive ou définitoire ? Principalement descriptive Définitoire (constitutive) Violé la norme = aller contre une attente sociale Oui Non seulement : cela rend l’acte défectueux en tant que tel Peut-on violer la norme sans commettre de contradiction performative ? Oui (sauf si on l’explicite) Oui (sauf si on l’explicite) Ton approche est plus externaliste et descriptive : les normes sont des régularités observées dans les usages.
L’approche constitutive est plus internaliste : certaines règles font partie de l’identité de l’acte.4. Pourquoi Williamson refuse ta position
Williamson (et Searle avant lui) rejetterait l’idée que la norme de connaissance est simplement « inférée abductivement des usages » pour deux raisons principales :
- Il considère que la norme explique les usages et les intuitions, plutôt qu’elle n’en est dérivée. Autrement dit, c’est la norme qui rend intelligibles certaines de nos réactions normatives (absurdité du paradoxe de Moore, critique des assertions hasardeuses, etc.).
- S’il acceptait que la norme n’est qu’une inférence à partir des usages, il perdrait la force de sa thèse constitutive. La norme ne serait plus ce qui définit l’assertion, mais simplement ce qui décrit le mieux comment les gens s’y prennent actuellement.
C’est précisément pour cela qu’il insiste sur le caractère constitutif plutôt que sur une simple régularité d’usage.
5. Évaluation
Ta position n’est pas « fausse », elle correspond à une autre famille de vues en philosophie du langage et en épistémologie sociale. On la trouve notamment chez :
- Certains épistémologues sociaux qui insistent sur la dimension conventionnelle et évolutive des normes.
- Des approches fonctionnalistes plus récentes (Mona Simion, Christoph Kelp) qui lient les normes à leur fonction plutôt qu’à une constitution a priori.
- Des approches plus descriptives ou pragmatistes de la normativité linguistique.
Cependant, dans le cadre de la thèse de Williamson, ton objection est pertinente : si l’on accepte que la norme est principalement inférée des usages actuels, alors il devient difficile de soutenir qu’elle est constitutive au sens fort. On retombe alors sur quelque chose de plus proche d’une « norme d’usage socialement attendue ».
En résumé
Tu as raison de dire que, si l’on considère que les normes correctes sont inférées abductivement des usages sociaux, alors parler d’« attentes » est plus prudent que de parler de normes constitutives au sens fort.
Mais c’est exactement ce que Williamson refuse. Pour lui, la norme de connaissance ne décrit pas simplement ce que les gens font ; elle rend compte de ce qui rend l’assertion correcte en tant qu’assertion. C’est cette prétention constitutive forte qui est au centre du débat.
Prompt :
Mais comment prouver qu’il s’agit de norme constitutive et non d’attente sociale prépondérante ?
Qu’en pensent Goldman, etc. ?Réponse structurée :
Ta question est excellente et va au cœur du problème méthodologique. Comment distinguer une vraie norme constitutive d’une simple attente sociale majoritaire ?
1. Comment prouver qu’il s’agit d’une norme constitutive et non d’une attente sociale ?
Il n’ex’y a pas de test décisif et infaillible, mais plusieurs critères sont généralement utilisés pour argumenter en faveur du caractère constitutif d’une norme :
Critère Question à se poser Si oui → plutôt constitutif Si non → plutôt régulateur / attente sociale Définition de l’acte Peut-on décrire l’acte sans cette règle ? Non → constitutif Oui → probablement régulateur Défectuosité interne La violation rend-elle l’acte défectueux en tant que tel (et non simplement maladroit ou impoli) ? Oui → constitutif Non → plutôt régulateur Unicité Cette règle joue-t-elle un rôle unique pour cet acte (que d’autres règles ne peuvent jouer) ? Oui → constitutif Non Explication des intuitions normatives La règle explique-t-elle mieux que ses concurrentes nos réactions normatives (critiques, absurdité perçue, etc.) ? Oui → argument en faveur — Possibilité de l’acte sans la règle Peut-on concevoir l’acte comme étant encore le même type d’acte sans cette règle ? Non → constitutif Oui → plutôt régulateur Exemple classique (Searle) :
- Règle des échecs (« le roi ne se déplace que d’une case ») → constitutive.
- Règle de politesse (« ne pas insulter son adversaire ») → régulative.
Appliqué à l’assertion :
- Les défenseurs de la norme de connaissance (Williamson) soutiennent que sans cette norme, l’assertion perd son identité spécifique en tant qu’acte de parole distinct (par opposition à la conjecture, à la supposition, etc.).
2. La stratégie de Williamson
Williamson ne « prouve » pas directement que la norme est constitutive. Il utilise une stratégie abductive combinée à un argument d’unicité :
- Il montre que la norme de connaissance explique mieux un large ensemble de phénomènes que les normes concurrentes (vérité, justification, croyance).
- Il soutient que l’assertion est le seul acte de parole pour lequel cette règle joue ce rôle constitutif particulier.
- Il considère que cela suffit à établir le caractère constitutif de la norme.
Cependant, comme tu l’as bien vu, cette stratégie reste vulnérable à l’objection : on peut toujours se demander si Williamson ne fait pas qu’expliciter et systématiser une pratique socialement établie plutôt que de découvrir une norme constitutive au sens fort.
3. Ce qu’en pensent Goldman et les épistémologues sociaux
Alvin Goldman et beaucoup d’épistémologues sociaux sont globalement sceptiques à l’égard des thèses constitutives fortes comme celle de Williamson. Voici pourquoi :
Approche plus fonctionnaliste / téléologique :
Goldman considère que les normes épistémiques doivent être évaluées en fonction de leur contribution à la production de connaissance ou de croyances vraies (veritism). Il est donc moins enclin à accepter une norme simplement parce qu’elle serait « constitutive », s’il n’est pas démontré qu’elle sert bien l’utilité épistémique.Sensibilité au contexte social :
Les épistémologues sociaux insistent sur le fait que les normes d’assertion et de témoignage évoluent selon les contextes sociaux et les formes de division du travail cognitif. Ils sont donc réticents à poser des normes constitutives trop rigides et universelles.Critique implicite de l’abduction à partir des usages :
Des auteurs comme Jennifer Lackey, Mona Simion ou Christoph Kelp reprochent souvent aux approches constitutives (dont celle de Williamson) de trop s’appuyer sur les pratiques existantes sans suffisamment les évaluer du point de vue de leur fonction épistémique réelle. Ils préfèrent des approches fonctionnalistes, où la norme est justifiée par ce qu’elle permet d’accomplir, plutôt que par son caractère prétendument constitutif.En résumé, pour Goldman et beaucoup d’épistémologues sociaux :
- La distinction entre norme constitutive et attente sociale est moins importante que la question de savoir si la norme remplit bien une fonction épistémique utile.
- Ils sont souvent plus à l’aise avec l’idée que les normes d’assertion sont en partie socialement et fonctionnellement déterminées, plutôt que purement constitutives au sens où l’entend Williamson.
4. Évaluation
Ta méfiance est légitime. La difficulté méthodologique est réelle :
- Il est difficile de prouver de manière concluante qu’une norme est constitutive plutôt que simplement dominante dans les usages sociaux.
- L’argument abductif de Williamson est puissant pour expliquer nos intuitions actuelles, mais il est plus faible pour démontrer que la norme est constitutive au-delà de ces usages.
- Les approches fonctionnalistes (Goldman, Simion, Kelp, etc.) ont l’avantage de lier plus explicitement les normes à leur utilité épistémique, au prix d’une perte de « pureté constitutive ».
Conclusion :
Williamson n’a pas de preuve définitive que sa norme est constitutive plutôt qu’une régularité socialement forte. Il s’appuie sur sa capacité explicative supérieure et sur l’idée d’unicité. Beaucoup d’épistémologues sociaux (dont Goldman) considèrent que cette approche est trop attachée aux pratiques existantes et préfèrent évaluer les normes en fonction de leur contribution réelle à la connaissance, plutôt qu’en fonction de leur prétendu statut constitutif.
C’est pourquoi le débat entre approches constitutives et approches fonctionnalistes/téléologiques reste ouvert et très actif aujourd’hui.
Résolution du paradoxe de Moore
La proposition affirmée dans le paradoxe de Moore n’est pas logiquement contradictoire puisque ses relatas sont logiquement cohérents.
Par ailleurs, la même proposition peut être reformulée en remplaçant « je » par le nom de l’énonciateur, et ne semble plus contradictoire. Une proposition contradictoire devrait l’e^tre dans tous les cas, donc elle n’est pas contradictoire. TODO-reformuler
Mais dans un contexte intellectuel où l’on s’attend au respect de la norme épistémique, l’assertion du paradoxe de Moore sonne absurde, du fait d’une présomption de contradiction performative entre ce qui est implicitement véhiculé (« je sais que p ») par l’assertion adossée à l’engagement supposé à respecter la norme épistémique, et le second conjoint de la proposition affirmée (« je ne sais pas que »).
Types d’absurdités
Prompt :
Certaines personnes pensent que seules les contradictions invalident épistémiquement un propos, mais on peut aussi dire que les absurdités telles qu’une violation de norme constitutive épistémique invalident épistémiquement un propos ?
>
Es-tu d’accord qu’un propos est épistémiquement incorrect s’il est contradictoire, mais aussi s’il est absurde, et qu’il peut être absurde de plusieurs manières ? Quels sont d’ailleurs les types d’absurdités, donne des exemples. Le terme absurdité est-il adéquat ? parle-t-on plutôt d’abérrance en philosophie ?
Grok 4.3 Expert
Oui, je suis globalement d’accord avec toi. Voici une réponse structurée et précise.
1. Seules les contradictions invalident-elles épistémiquement un propos ?
Non. Les contradictions logiques sont la forme la plus forte et la plus claire d’invalidation épistémique, mais elles ne sont pas les seules.
Un propos peut être épistémiquement incorrect (ou aberrant) de plusieurs façons, même s’il n’est pas contradictoire au sens logique. La violation d’une norme constitutive épistémique en est un exemple paradigmatique.
C’est précisément ce que montre le paradoxe de Moore (« p, mais je ne sais pas si p ») :
- Il n’est pas contradictoire logiquement.
- Il est néanmoins épistémiquement aberrant, car il viole une norme constitutive de l’assertion (la connaissance).
L’épistémologie ne se limite donc pas à traquer les contradictions logiques. Elle s’intéresse aussi aux formes plus subtiles d’auto-sabotage épistémique.
2. Types d’absurdités / aberrances épistémiques
Voici les principales formes d’absurdité ou d’aberrance que l’on rencontre en philosophie, avec des exemples :
Type d’aberrance Nature Exemple Niveau de la contradiction Contradiction logique p et ¬p affirmés simultanément « Il pleut et il ne pleut pas » Logique (sémantique) Contradiction performative / Pragmatic paradox L’acte d’assertion entre en conflit avec son contenu « Je n’existe pas »
« Rien de ce que je dis n’est vrai »Pragmatique / Performative Paradoxe de Moore (croyance) Assertion + négation de la sincérité « p, mais je ne crois pas que p » Pragmatique + constitutive (sincérité) Paradoxe de Moore (connaissance) Assertion + négation de la connaissance « p, mais je ne sais pas si p » Pragmatique + constitutive (connaissance) Category mistake Attribution d’une propriété à une catégorie qui ne peut pas la posséder « Les questions sont vraies »
« La couleur verte dort furieusement »Sémantique / Catégorielle Self-refuting statement (fort) Le contenu rend impossible l’acte lui-même « Je ne suis pas en train d’asserter quoi que ce soit » Pragmatique forte Violation de norme constitutive (sans négation explicite) L’acte viole une de ses conditions internes sans le dire Assertion de loterie
Assertion gettieriséeÉpistémique / Constitutive 3. « Absurdité » ou « aberrance » ? Quelle terminologie employer ?
Le terme « absurdité » est acceptable dans un contexte informel ou pédagogique, mais il est relativement vague en philosophie rigoureuse. On lui préfère généralement des termes plus précis selon le mécanisme en cause :
- Contradiction logique → quand il s’agit d’une contradiction formelle.
- Contradiction performative ou pragmatic paradox → quand l’acte de parole se saborde lui-même.
- Category mistake (erreur catégorielle) → quand on attribue une propriété à la mauvaise catégorie ontologique.
- Self-defeating ou self-refuting → quand le contenu rend l’acte impossible ou auto-réfutant.
- Épistémiquement aberrant ou épistémiquement illégitime → quand on veut rester au niveau de l’évaluation épistémique sans s’engager sur le mécanisme exact (pragmatique, constitutif, etc.).
Dans le contexte de notre discussion sur la norme constitutive de l’assertion, on peut dire :
- « p, mais je ne sais pas si p » est épistémiquement aberrant.
- Il constitue une forme de contradiction performative (ou pragmatic self-refutation).
- Il viole une norme constitutive épistémique de l’assertion.
Le terme « aberrance » (ou « épistémiquement aberrant ») est souvent plus adapté quand on veut rester neutre sur le type exact de problème (logique, pragmatique, constitutif, catégoriel…).
4. Accord global
Oui, je suis d’accord avec ta formulation :
Un propos peut être épistémiquement incorrect s’il est contradictoire, mais aussi s’il est absurde (au sens large), et il peut l’être de plusieurs manières.
L’épistémologie ne se réduit pas à la détection de contradictions logiques. Elle inclut aussi :
- Les violations de normes constitutives (comme la connaissance pour l’assertion),
- Les paradoxes pragmatiques,
- Les erreurs catégorielles,
- Les formes d’auto-sabotage épistémique.
Le paradoxe de Moore en est un excellent exemple : il n’est pas logiquement contradictoire, mais il est épistémiquement auto-saboteur. C’est cette forme d’aberrance qui explique l’intuition d’absurdité ressentie, même quand le contenu n’est pas impossible.
En philosophie, on utilise donc souvent des termes plus techniques que « absurdité » (« pragmatic paradox », « performative contradiction », « epistemically self-undermining », « category mistake », etc.), mais le terme « absurdité » reste compréhensible et largement utilisé dans les discussions introductives ou informelles.
Veux-tu que l’on classe ces différents types d’aberrance selon leur force (du plus faible au plus fort) ou selon leur domaine d’application (logique, épistémique, pragmatique, ontologique) ?
Prompt :
Dans le tableau, tu as mis une colonne “contradiction”. Est-ce que les violations de normes constitutives sont des formes de contradiction ? Contradiction performative ? Pragmatiques ? Constitutives ? Toutes les absurdités sont-elles en fait des formes de contradiction, mais non logique, plutôt des contradictions peformatives, pragmatiques, etc. ?
Grok 4.3 Expert
Réponse précise et nuancée :
Ta question est excellente et va au cœur d’une distinction importante en philosophie du langage et en épistémologie.
1. Clarification sur le tableau
Dans le tableau que j’ai proposé, la colonne « Type de contradiction » était un peu simplificatrice. Elle visait à indiquer le mécanisme principal de l’aberrance, mais elle n’impliquait pas que toutes les formes d’absurdité soient des « contradictions » au même sens.
Il faut distinguer plusieurs usages du terme « contradiction » :
Terme Sens Exemple Est-ce une contradiction ? Contradiction logique Incompatibilité sémantique (p ∧ ¬p) « Il pleut et il ne pleut pas » Oui (sens strict) Contradiction performative / Pragmatic paradox L’acte d’assertion entre en conflit avec son contenu « Je n’existe pas »
« p, mais je ne sais pas si p »Oui (sens élargi) Violation de norme constitutive L’acte ne respecte pas une de ses conditions internes Assertion de loterie
Assertion gettieriséePas nécessairement une contradiction Category mistake Attribution de propriété à la mauvaise catégorie « Les questions sont vraies » Non (erreur catégorielle) 2. Les violations de normes constitutives sont-elles des formes de contradiction ?
Pas toutes, et pas de la même façon.
Il faut distinguer deux situations :
a) Violation simple de norme constitutive (sans négation explicite)
Exemple : Tu affirmes « Mon billet va gagner » à la loterie, sans avoir de connaissance réelle.
- Tu violes la norme constitutive de connaissance.
- Mais tu ne produis pas de contradiction (ni logique, ni performative explicite).
- L’assertion est simplement défectueuse ou épistémiquement illégitime. Elle ne se saborde pas elle-même de façon explicite.
Dans ce cas, on parle plutôt de violation de norme constitutive que de « contradiction ».
b) Violation explicite ou auto-réfutante (comme dans le paradoxe de Moore)
Exemple : « p, mais je ne sais pas si p »
- Ici, tu affirmes p (ce qui, selon certaines analyses, t’engage à savoir que p).
- Tu nies ensuite explicitement cette condition.
- L’acte devient auto-saboteur : il entre en conflit avec ses propres engagements.
- On peut alors légitimement parler de contradiction performative ou de pragmatic paradox.
Conclusion partielle :
- Toutes les violations de normes constitutives ne sont pas des contradictions.
- Certaines violations deviennent des contradictions performatives quand elles sont rendues explicites (comme dans le paradoxe de Moore) ou quand l’acte se saborde lui-même.
3. Toutes les absurdités sont-elles des formes de contradiction (non logique) ?
Non, pas toutes.
Il existe des formes d’absurdité ou d’aberrance qui ne sont pas bien décrites comme des « contradictions », même au sens élargi :
Type d’aberrance Est-ce une contradiction ? Meilleure description Violation simple de norme constitutive Non Défectuosité épistémique Category mistake Non Erreur catégorielle / incohérence sémantique Nonsensical utterance (Wittgenstein) Non Absence de sens / hors jeu de langage Self-refuting statement fort Oui Contradiction performative forte Moore paradox Oui (dans la plupart des analyses) Pragmatic paradox / contradiction performative Simple assertion sans connaissance Non Violation de norme constitutive Exemples qui ne sont pas des contradictions :
- « La couleur verte dort furieusement » → Category mistake (pas une contradiction).
- Affirmer quelque chose sans aucune raison ni connaissance (sans le dire) → Violation de norme, pas contradiction.
- Dire quelque chose de complètement hors contexte ou dénué de sens → Peut être absurde sans être contradictoire.
4. Terminologie recommandée
En philosophie, on utilise rarement le terme « absurdité » seul quand on veut être précis, car il est trop large. On préfère des termes plus techniques :
- Contradiction logique
- Contradiction performative (ou performative self-contradiction)
- Pragmatic paradox
- Self-refuting / Self-defeating statement
- Category mistake
- Violation de norme constitutive
- Épistémiquement aberrant / illégitime
Le terme « absurdité » reste utilisable dans un contexte introductif ou informel, mais il masque des différences importantes de mécanisme.
En résumé
- Non, toutes les violations de normes constitutives ne sont pas des contradictions (même performatives).
- Certaines le deviennent quand la violation est rendue explicite ou quand l’acte se saborde lui-même (comme dans le paradoxe de Moore).
- Non, toutes les absurdités ne sont pas des formes de contradiction. Certaines sont mieux décrites comme des erreurs catégorielles, des violations simples de normes, ou des incohérences conceptuelles.
- La colonne « contradiction » dans le tableau précédent était donc trop large et un peu trompeuse. Il aurait mieux valu distinguer :
- Contradiction logique
- Contradiction performative / Pragmatic paradox
- Violation de norme constitutive (sans auto-réfutation explicite)
- Category mistake
Veux-tu que l’on refasse ce tableau de façon plus précise en distinguant ces différents mécanismes ?
Prompt :
Donne-moi exhaustivement, avec leur définition et un exemple concis, tous les types d’erreurs épistémiques (contradiction logique, contraduction performative, erreur de catégorie, etc.).
Grok 4.3 Expert
Voici une liste exhaustive et structurée des principaux types d’erreurs épistémiques (ou aberrances épistémiques), avec pour chacun :
- Une définition claire
- Un exemple concis
- Une brève indication du problème épistémique soulevé
1. Contradiction logique (ou sémantique)
Définition : Affirmation simultanée de p et de ¬p (ou de deux propositions logiquement incompatibles).
Exemple : « Il pleut et il ne pleut pas. »
Problème : Incompatibilité sémantique pure. Le contenu est impossible.
2. Contradiction performative (ou pragmatic paradox)
Définition : L’acte même d’asserter une proposition entre en conflit avec le contenu de cette proposition.
Exemple : « Je n’existe pas. »
Exemple : « Rien de ce que je dis n’est vrai. »Problème : L’acte de parole se saborde lui-même. Il rend impossible ou auto-réfutant ce qu’il affirme.
3. Paradoxe de Moore (version croyance)
Définition : Assertion de p accompagnée de la négation explicite de la croyance en p.
Exemple : « Il pleut, mais je ne crois pas qu’il pleut. »
Problème : L’acte d’assertion engage normalement la sincérité (croire ce que l’on affirme). La phrase nie explicitement cette condition.
4. Paradoxe de Moore (version connaissance)
Définition : Assertion de p accompagnée de la négation explicite de la connaissance de p.
Exemple : « Il pleut, mais je ne sais pas s’il pleut. »
Problème : L’acte d’assertion engage (selon certaines analyses) la connaissance. La phrase nie cette condition constitutive.
5. Erreur catégorielle (category mistake)
Définition : Attribution d’une propriété à une entité qui n’appartient pas à la catégorie ontologique capable de posséder cette propriété.
Exemple : « Les questions sont vraies. »
Exemple : « La couleur verte dort furieusement. »Problème : Incohérence sémantique due à une mauvaise catégorisation ontologique. La phrase n’est pas contradictoire, mais dénuée de sens.
6. Violation de norme constitutive (épistémique)
Définition : Accomplissement d’un acte (ici l’assertion) sans respecter une de ses conditions internes de correction (notamment la connaissance).
Exemple : Affirmer « Mon billet va gagner » à la loterie sans avoir de connaissance réelle.
Problème : L’acte est épistémiquement défectueux, même si le contenu peut être vrai par chance.
7. Vérité accidentelle / Chance épistémique (Gettier-style)
Définition : Croyance ou assertion vraie, mais dont la vérité ne dépend pas de la justification ou de la connaissance du sujet, mais de circonstances heureuses.
Exemple : Regarder une horloge arrêtée qui indique l’heure exacte par hasard et affirmer « Il est 15h00 ».
Problème : La vérité est obtenue, mais de façon non robuste et non méritée épistémiquement.
8. Raisonnement circulaire (begging the question)
Définition : Utilisation d’une prémisse qui présuppose déjà la conclusion que l’on cherche à établir.
Exemple : « La Bible est vraie parce qu’elle est la parole de Dieu, et on sait qu’elle est la parole de Dieu parce que la Bible le dit. »
Problème : Le raisonnement ne fournit aucune justification indépendante. Il est épistémiquement stérile.
9. Régression à l’infini non justifiée (dans la justification)
Définition : Exigence d’une justification pour chaque raison, sans jamais atteindre un point d’arrêt légitime.
Exemple : Exiger une justification pour chaque croyance sans accepter de croyances de base.
Problème : Rend impossible toute justification finie (problème soulevé par le trilemme d’Agrippa).
10. Auto-tromperie épistémique
Définition : Processus par lequel un sujet parvient à croire quelque chose contre les preuves disponibles, souvent pour des raisons psychologiques.
Exemple : Une personne sait au fond d’elle que son partenaire la trompe, mais se persuade du contraire pour se protéger.
Problème : Altération volontaire ou semi-volontaire de la relation à la vérité.
11. Témoignage non fiable (ou autorité illégitime)
Définition : Acceptation d’une croyance sur la base d’un témoignage ou d’une autorité qui n’a pas la compétence ou la fiabilité requise.
Exemple : Croire une théorie médicale parce qu’une célébrité l’a affirmée sur les réseaux sociaux.
Problème : La source n’est pas épistémiquement légitime.
12. Incohérence conceptuelle
Définition : Utilisation de concepts de manière mutuellement incompatible au sein d’un même cadre théorique.
Exemple : Affirmer à la fois que « tout est déterminé » et que « nous avons un libre arbitre incompatible avec le déterminisme » sans proposer de réconciliation.
Problème : Le système de croyances contient des tensions conceptuelles non résolues.
13. Non-sens (nonsensicality) – au sens wittgensteinien
Définition : Énoncé qui ne trouve pas de place dans un « jeu de langage » et qui, de ce fait, manque de sens.
Exemple : Dire « La douleur est dans mon mollet » alors que la personne n’a plus de mollet (amputé), dans un contexte où la douleur est comprise comme une sensation localisée.
Problème : L’énoncé sort des conditions de sens du langage ordinaire.
Synthèse : Principales familles d’erreurs épistémiques
Famille Mécanisme principal Exemples typiques Contradictions logiques Incompatibilité sémantique p et ¬p Contradictions performatives / Pragmatic paradoxes L’acte se saborde lui-même « Je n’existe pas », Moore paradox Erreurs catégorielles Mauvaise attribution ontologique Category mistakes Violations de normes constitutives Non-respect des conditions internes d’un acte Assertion sans connaissance Vérité accidentelle Dépendance à la chance Cas Gettier, horloge arrêtée Problèmes de justification Régression, circularité, absence de base Trilemme d’Agrippa, question-begging Altérations de la relation à la vérité Auto-tromperie, sources illégitimes Self-deception, mauvais témoignage Incohérences conceptuelles Tension interne au système de pensée Incohérence théorique Non-sens Sortie des conditions de sens Énoncés wittgensteiniens Ces catégories ne sont pas toujours étanches (un même énoncé peut relever de plusieurs types), mais elles permettent de cartographier les différentes façons dont un propos peut être épistémiquement problématique.
Veux-tu que je développe l’une de ces catégories en particulier, ou que je propose une version plus courte et plus synthétique de ce tableau ?
Critique du KNA de Williamson
Timothy Williamson (incidamment suivi par Michael Huemer) soutient que la norme épistémique serait non pas régualtive, mais constitutive de l’assertion (Knowledge as Norm of Assertion — KNA).
Ainsi, affirmer ce qu’on ne sait pas constituerait, quel que soit le contexte, une violation de la norme de l’assertion — une telle assertion serait inappropriée dans tous les cas.
Je suis en désaccord avec cette position.
Autres discussions
Claude Sonnet 4.6
Une implicature (Grice, 1975) est ce qu’un énoncé communique au-delà de ce qu’il dit littéralement, sans en faire partie du contenu sémantique.
Exemple classique : « J’ai mangé quelques biscuits » implique conversationnellement « pas tous » — sans que ce soit dit, ni logiquement entaillé.
Deux types principaux
- Implicature conventionnelle : déclenchée par certains mots indépendamment du contexte. « Elle est pauvre mais honnête » implique une tension entre les deux propriétés — c’est le mot « mais » qui le produit, toujours.
- Implicature conversationnelle : dérivée du fait que les locuteurs sont supposés respecter le principe de coopération et ses maximes. Elle dépend du contexte.
Propriété distinctive
L’implicature conversationnelle est annulable sans contradiction :
« J’ai mangé quelques biscuits — en fait tous. »
Ce qui la distingue de :
- l’entaillement logique (non annulable)
- la présupposition (qui survit à la négation : « Il ne pleut pas » présuppose toujours qu’il peut pleuvoir)
Pertinence pour notre discussion
Les engagements épistémiques supérieurs de l’assertion — « je pense avoir de bonnes raisons » — sont des implicatures conversationnelles : ils sont communiqués sans être dits, et annulables explicitement (« je crois par la foi », « je n’ai pas de preuve mais… »).
Grok 4.3
L’assertion sincère présuppose minimalement que l’énonciateur croit ce qu’il dit. Dans la plupart des contextes coopératifs, cette assertion porte en outre des implicatures conversationnelles graduelles (dérivées principalement de la maxime de Qualité) selon lesquelles l’énonciateur pense avoir des raisons au moins minimalement acceptables de croire ce qu’il dit. La force de ces implicatures varie continûment selon le contexte, les enjeux, les normes disciplinaires ou sociales en vigueur, et les motivations du locuteur. Elles peuvent être relativement faibles (conversation ordinaire) ou très fortes (philosophie, science, expertise, etc.). Dans certains cas (réassurance psychologique, raisonnement motivé, etc.), ces implicatures peuvent être annulées ou fortement affaiblies sans que l’assertion cesse d’être sincère.
Oui, il est plus correct et plus précis d’appeler les attentes supplémentaires des implicatures conversationnelles graduelles (ou des attentes coopératives graduelles dérivées des maximes gricéennes) plutôt que des présupposés.
Réponse Grok 4.3 think
https://grok.com/c/7ef9e5d8-879c-4dab-aeef-bab0d755b97c?rid=faa30a2c-b09e-49a6-9ca9-37c1eb4fdb83
https://grok.com/share/bGVnYWN5LWNvcHk_72b861f9-336d-488d-9ae9-6f16b3c56a6aTu es expert en philosophie, notamment en philosophie du langage. Quand dans une discussion entre plusieurs personnes, quelqu’un dit affirme quelque chose, est-ce que le fait qu’il l’affirme implique qu’il croit cette chose ? Par exemple, si la personne dit il pleut, est-ce que ça implique qu’il croit qu’il pleuve ? Est-ce que c’est la la une affirmation a une fonction de partage de croyance du langage ou est-ce que cela implique qu’il pense savoir qu’il pleuve ? À savoir que l’affirmation aurait une fonction de de partage de ce que l’on pense être une connaissance. Donc est-ce que c’est ce que l’on pense être, est-ce que c’est une un partage de croyances, l’affirmation dans le langage ou est-ce que c’est un partage de ce que l’on pense être une connaissance ?
Oui, affirmer une proposition dans un contexte conversationnel ordinaire implique normalement que le locuteur croit cette proposition. Cela ne signifie pas pour autant qu’il pense savoir (connaître) ce qu’il affirme. L’assertion a pour fonction primaire le partage de croyances — c’est-à-dire de ce que l’on tient pour vrai —, et non le partage de ce que l’on prend pour une connaissance établie. Voici une analyse précise et progressive.
1. L’assertion comme acte de langage : la condition de sincérité
En philosophie du langage, l’assertion (ou affirmation déclarative) est un acte illocutoire (Searle). Dire « Il pleut » ne se réduit pas à émettre des sons ; c’est accomplir l’action de présenter la proposition « il pleut » comme vraie.
Selon la théorie des actes de langage de John Searle, tout acte illocutoire possède des conditions de félicité (conditions de réussite). L’une d’elles est la condition de sincérité :
- Pour l’assertion, la condition de sincérité est que le locuteur croit la proposition exprimée.
Autrement dit : affirmer p exprime la croyance que p. Si le locuteur ne croit pas p, l’assertion est insincère (mensonge, simulation, etc.). Dans l’usage normal, sérieux et littéral du langage, dire « Il pleut » implique donc que le locuteur croit qu’il pleut.
Cette implication n’est pas une inférence psychologique hasardeuse ; elle est constitutive de l’acte lui-même dans son usage standard. Sans cette condition, l’assertion perd sa fonction communicative ordinaire.
2. Croyance vs connaissance : l’assertion ne transmet pas une prétention au savoir
Croire p n’équivaut pas à savoir p. La connaissance exige (selon l’analyse classique, encore débattue) au minimum :
- la croyance que p,
- la vérité de p,
- une justification adéquate (et, dans certaines analyses, l’absence de « chance épistémique » comme dans les cas Gettier).
Lorsque je dis « Il pleut », j’affirme la proposition p ; je n’affirme pas « Je sais qu’il pleut » (qui serait une assertion sur mon propre état épistémique).
L’assertion porte sur le monde (ou sur la proposition), pas sur la qualité de mon rapport à cette proposition. Je peux parfaitement :
- croire p alors que p est faux (croyance fausse),
- croire p sans justification suffisante,
- ou croire p de manière justifiée mais sans que cela constitue un savoir (si la justification s’avère défectueuse).
Dans tous ces cas, l’assertion reste possible et exprime une croyance. Dire « Il pleut » ne revient donc pas à partager « ce que l’on pense être une connaissance », mais à partager ce que l’on croit être le cas.
3. Fonction communicative de l’assertion : partager des croyances
Dans la communication ordinaire, l’assertion remplit une fonction de coordination épistémique : elle permet aux interlocuteurs d’aligner leurs représentations du monde en exprimant ce que chacun tient pour vrai. C’est un partage de croyances (au sens large : ce que l’on prend pour vrai), pas nécessairement de connaissances certifiées.
Paul Grice, dans sa théorie des implicatures conversationnelles, formalise cela via la maxime de qualité (« Ne dites pas ce que vous croyez être faux »). Le fait même d’asserter p déclenche l’implicature que le locuteur croit p et a des raisons de le faire. Sans cette présupposition de sincérité et de rationalité minimale, la conversation perd son caractère coopératif.
4. Le débat sur la « norme de l’assertion » : croyance ou connaissance ?
Il existe un débat important en épistémologie et philosophie du langage sur la norme qui régit l’assertion (ce qui la rend appropriée ou non) :
Norme de la connaissance (Timothy Williamson, « Knowing and Asserting », 1996 ; Knowledge and its Limits, 2000) :
On ne doit affirmer p que si l’on sait p. L’assertion est constitutive de cette norme, à l’image des règles d’un jeu. Affirmer sans savoir serait un « coup illégal ». Cela expliquerait pourquoi, après une assertion, on demande légitimement « Comment le sais-tu ? » ou pourquoi il est étrange de dire « Il pleut, mais je ne le sais pas » (phrases de Moore).Normes alternatives : De nombreux philosophes défendent que la norme minimale est la croyance justifiée ou la croyance rationnelle, et non la connaissance pleine. La connaissance serait trop exigeante pour rendre compte de l’usage ordinaire (on affirme souvent sur la base de croyances raisonnables mais faillibles). La croyance sincère reste nécessaire ; la connaissance serait une norme plus forte, peut-être contextuelle ou idéale.
Ce débat porte sur la propriété de l’assertion, non sur ce qu’elle exprime immédiatement. Même si Williamson a raison sur la norme, cela n’implique pas que toute assertion transmette une prétention explicite au savoir ; cela signifie seulement que l’assertion est défectueuse lorsqu’elle n’est pas soutenue par la connaissance.
5. Cas où l’implication de croyance est suspendue
L’implication « affirmer p → croire p » vaut pour l’usage normal, littéral et sérieux. Elle est levée ou transformée dans :
- le mensonge (assertion insincère),
- l’ironie ou l’humour,
- la fiction, le théâtre, le jeu de rôle,
- certaines formes d’hyperbole ou de politesse conventionnelle.
Ces usages sont parasites du cas normal : ils ne fonctionnent que parce que nous reconnaissons d’abord la règle de sincérité pour ensuite la suspendre ou la signaler.
Conclusion
L’affirmation dans le langage a pour fonction première le partage de croyances : on exprime ce que l’on tient pour vrai. Elle n’implique pas, en tant que telle, que l’on pense détenir une connaissance. La distinction est capitale :
- Ce que l’assertion exprime (condition de sincérité) : une croyance.
- Ce qui la rend épistémiquement appropriée (norme) : un débat ouvert entre croyance justifiée et connaissance (Williamson et ses critiques).
Dire « Il pleut » partage la croyance qu’il pleut. Cela ne partage pas automatiquement « je sais qu’il pleut », même si, dans de nombreux contextes conversationnels, nous attendons de l’interlocuteur plus qu’une simple croyance nue. Cette nuance est au cœur de la philosophie du langage et de l’épistémologie contemporaines.
Si vous souhaitez approfondir un aspect (Searle, Grice, Williamson, les cas Moore, la phénoménologie de l’assertion, ou des exemples concrets), n’hésitez pas à préciser. Je peux structurer cela de manière encore plus pédagogique ou technique selon votre besoin.
NORMATIVEMENT :
Huemer estime qu’une assertion devrait impliquer une “croyance catégorique” dans laquelle on endosse épistémiquement un propos.
Grok 4
https://grok.com/share/bGVnYWN5LWNvcHk%3D_2370882f-6c1e-4be2-8ce6-a72c5a33006a
Engage pleinement le croyant : Ce n’est pas une position hésitante ou « tentative » (tentative belief), mais une forme « outright » où l’on traite p comme vrai de manière binaire et commitée, sans réserves manifestes. Huemer décrit cela comme « a particularly strong form of belief (as opposed to mere tentative belief) », où la croyance n’est pas graduelle ou nuancée par des doutes probabilistes explicites, mais ferme et prête à guider l’action ou l’assertion.
Respecte des normes de rationalité : Huemer lie explicitement cette croyance à une norme rationnelle, la « norme de méta-cohérence » (Metacoherence Norm) : « Categorically believing that P rationally commits you, on reflection, to epistemically endorsing that belief. » Cela signifie que, si vous avez une telle croyance et que vous y réfléchissez, vous êtes rationnellement obligé de l’endosser comme épistémiquement bonne (sans défauts qui justifieraient de l’abandonner), sous peine d’irrationalité. Cela résonne avec votre référence à des normes scientifiques de rationalité, où une croyance est tenue pour vraie/vraisemblable seulement si elle est justifiée par des preuves ou une cohérence, et non par caprice.
N’est pas « tentative » : Huemer contraste explicitement la croyance catégorique avec des formes plus faibles : les croyances tentatives pourraient inclure des hésitations ou des probabilités intermédiaires (par exemple, « je suspecte que p est probable, mais je n’en suis pas sûr »). Votre description exclut cela, en insistant sur un engagement fort, ce qui aligne avec Huemer : la croyance catégorique est le type exprimé par une assertion directe comme « Il pleut » (sans qualifiers comme « je pense que »), impliquant un commitment rationnel non hésitant.
Cela revient à dire implique une croyance, au sens de “tenir pour vrai ou vraisemblabe”, où vraisemblable est une quasi-certitude comme dans la vraisemblance scientifique.
Grok 4 a confirmé :
Donc pour Huemer, une assertion implique une croyance catégorique, une croyance ferme qui engage, qui pourrait être ou non justifiée scientifiquement mais qui engage autant le locuteur que si elle était justifiée scientifiquement.
Réponse : oui.
Mais est-il possible qu’une personne ait une croyance catégorique, qu’il s’engage comme s’il était capable de la justifier scientifiquement, alors qu’il ne l’a pas fait et que l’objet considéré permettrait de le faire ? (il s’agirait alors d’une croyance catégorique irrationnelle).
Réponse : oui.